À quelques jours de l’ouverture des J.O., je vous livre la fin de mon entretien avec Perle BOUGE. Elle est déjà entrée dans sa bulle qui va se réduire au fur et à mesure que la compétition approche. Les jeux paralympiques auront lieux à Rio du 07 au 18 septembre 2016

 

Quelle place donnez-vous au mental dans votre préparation ?

Je pense que si on a une base physique et technique solide, c’est la petite chose qui va pouvoir faire basculer de la 3e à la 2e, voire à la 1ère place mais c’est vraiment le point final… la petite finalité qui peut faire basculer dans le bon sens, qui peut faire la médaille d’or, qui peut faire LA performance… la confiance en soi qui fait qu’on va se dépasser… qui va nous enlever ce doute, ce questionnement du type  : « est-ce que ça j’ai bien fait ? Peut-être que je ne me suis pas assez préparée… » qu’on peut avoir au dernier moment.

Il y a des gens qui m’ont dit : « Faut faire de la prépa mentale ! ». Avant de penser prépa mentale, pour moi, il faut déjà physiquement et techniquement être solide. On pourra faire toute la préparation mentale qu’on veut, si on n’a pas la base, le socle de cette pyramide, ça ne sert à rien. Ceux qui se disent « Je vais faire de la prépa mentale pour que cela aille mieux » se trompent. Parce que si on ne s’est pas assuré d’avoir mis en place cette base, cela n’a aucun intérêt.

La prépa mentale intervient quand toutes les bases sont solides, où il faut avoir confiance et aller de l’avant mais c’est vraiment la finalité pour moi. Avant ça, ça ne sert à rien…

C’est être capable de se mettre dans sa bulle… C’est l’outil final …images4

Si un athlète veut faire de la prépa mentale, il faut que l’entraîneur soit dans cette vision, que cela soit un fonctionnement en équipe. C’est comme si je décidais de faire de la prépa mentale toute seule dans mon coin sans dire à mon entraîneur ou à mon collègue. Si je fais de la prépa mentale, j’estime que mon collègue avec qui je rame, doit  aussi faire de la prépa mentale  mais avec la même personne. Parce que justement cette personne va être capable d’analyser, de recevoir les infos de chacun et de retransmettre aux deux individus ce qui est important pour la force de ce bateau et aussi à l’entraîneur, pour rendre encore plus fort ce bateau. Parce que ça ne sert à rien que chacun ait sa prépa mentale sinon chacun va travailler différemment… même si il y a trois  préparateurs ou – préparatrices – mentaux -les-, très bons. Si tout le monde s’entraîne différemment, ça ne crée pas de liens. Alors que le préparateur ou la préparatrice mentale est capable de créer ce lien, un peu comme quand on fait de la pâtisserie : la faine, les œufs et le beurre et quand on mélange tout ça, forcément, ça fait une pâte. C’est pareil en fait : si on laisse chacun faire de son côté, tout seul, ça n’a aucun intérêt parce qu’on n’arrivera pas à faire un bon gâteau. (Sourire)

 

Pouvez-vous me parler d’une situation où vous avez manqué de mental et a contrario, une situation où votre mental a été un soutien ?

Une situation où j’ai manqué de mental : c’est lié à un petit souci médical. J’étais vraiment en carence de fer, en fait, une carence un peu de tout. C’était en 2013, au championnat du monde à Bled en Slovénie.  J’ai dis à mon entraîneur en arrivant : « Écoute, ça ne va pas bien se passer, je ne suis pas bien ». Et lui, il me dit : « ça va passer », je lui dis : « écoute ça va pas passer, je sais que je ne suis pas bien. Je ne suis vraiment pas bien ». Et  là j’étais vraiment au fond du fond. Physiquement, je me sentais épuisée et je dis à mon entraîneur que ça ne va pas aller. L’entraîneur s’est dit que dans 2 jours ça ira mieux sauf que pendant la « compét », je n’allais pas bien du tout. Pendant la compétition, on menait : devant, devant, devant, pendant toute la course et voilà que les australiennes remontent. Et à ce moment là, ce qui ne m’arrive jamais… au final, la situation m’importait peu. Je ne me suis pas dis « c’est pas grave, tant pis… » non. Mais je pense que si c’était aujourd’hui, j’aurais tout fait pour vraiment gagner et repasser devant. Là, j’étais tellement lasse que la situation … limite j’aurais pu dire « ben je vous l’avais dis… » Je n’étais pas bien. Donc là c’est la situation négative, je pense que j’étais fatiguée psychologiquement, physiquement. J’étais épuisée ! Ils m’ont pris un peu « à la légère »… Je pense qu’ils se sont dits : « connaissant Perle, ça ne lui arrive pas ». Oui mais voilà, ça arrive à tout le monde… peut-être pas un burn-out, mais vidée ! Et là, plus rien, vraiment plus rien.

Et après, un souvenir positif : il y en a plusieurs… C’est mon collègue en 2014, on est en tête de la course en Corée du sud, à 500 m, on est vraiment devant, le titre de champion-ne- du monde nous tend les mains et en fait, mon collègue fait une fausse pelle c’est-à-dire qu’il a une pelle, une rame, qui s’enroule autour d’une bouée, là le bateau est stoppé et on passe 5e. On se retrouve de 1ers à 5èmes ! Et là il y a deux solutions : ou se dire que c’est fini et on arrête là, ou se dire on y va, et on repart. Et on a une rage au ventre, une envie de se dire que ça n’est pas possible, on ne va pas en rester là… ! Et moi, dans ma tête je veux qu’en même une médaille. On est repartis, on a réussi  à finir 2èmes. Je pense que c’est vraiment la force de caractère et l’envie de ne pas rester sur cet échec qui a fait qu’on a réussi à finir 2èmes.

C’est arrivé au championnat du monde l’année dernière aussi, pour qualifier le bateau, pareil, on fait des mauvais départs mais on arrive dans la course à se transcender pour aller quand même chercher une médaille à la fin.  téléchargement (9)

 

 

 

 

 

On a bien compris le rôle essentiel d’un entraîneur et la place du votre dans votre préparation. Tous sports confondus, avez-vous un entraîneur modèle ?

Pour moi un modèle d’entraîneur, c’est Claude ONESTA, l’entraîneur du hand.

Il ne gère pas des individualités séparément, il gère une vie de groupe.  Il sait que ses joueurs ont la compétence technique, il leur fait confiance. C’est bien sûr, évidemment un très bon technicien mais il ne gère pas que la technique. Il met ces compétences individuelles dans un collectif qu’il crée.  Il fait en sorte que ses joueurs jouent bien ensemble. Il sait qui sont les leaders, comment il les positionne au sein du groupe. Moi je le trouve incroyable cet entraîneur et le jour où il y aura… il y a eu un échec, parce qu’une année ils ont fait un faux-pas, on a entendu dire : « ils sont nuls » « c’est fini pour eux ». Non, ils ne sont pas nuls ! Ce sont des sportifs et être sportifs c’est aussi avoir des moments de faiblesse… Du coup tout le monde s’est acharné sur eux et l’année d’après il leur a montré qu’ils étaient encore là…

Je trouve que quand ils ont des résultats, il se met toujours à l’écart : quand ils gagnent un match, il laisse ses joueurs faire la fête ensemble et on voit qu’il se met en retrait, qu’il prend du recul. Sans doute qu’après dans les vestiaires et plus tard, il se retrouve avec eux mais on voit qu’il les laisse profiter de leur joie. C’est le moment des athlètes…

Il est incroyable ! Pour moi c’est un bel exemple d’entraîneur, c’est un modèle et c’est vraiment un très grand entraîneur.

 

Ce sera vos deuxièmes J.O. Dans quel état d’esprit vous les abordez ? Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

Le meilleur ! Du plaisir, du bonheur, ramener une belle médaille, ça serait bien ! Forcément comme tout sportif qui part aux jeux, c’est de ramener la plus belle des médailles. Pour n’importe quel sportif qui fait de la compétition, le but c’est de gagner. Mais si on ne gagne pas, c’est pouvoir se dire qu’au moins on s’est fait plaisir, on a tout donné et qu’il y avait plus fort que soi. Il n’y a rien de plus frustrant que de se dire qu’on aurait pu être meilleur, qu’on aurait pu faire mieux. Avoir des regrets, c’est terrible en tant que sportif. Mais si on est 2e, 3e ou 5e, et qu’on a tout donné et que les autres sont plus forts, il faut l’accepter…

On y va pour gagner. Ce qu’on entend autour nous rassure. Ce que nous dit l’entraîneur et , on lui fait confiance : « avec de la volonté on peut y arriver ». Je pense qu’il a raison. On a quand même aussi un bon bateau. Maintenant il s’agit d’être capable de faire ce qu’on fait à l’entraînement : être capable d’aller en compétition, de transposer ce qu’on fait à l’entraînement et…  ce n’est pas facile en fait. Beaucoup d’athlètes ont pu être très forts à l’entraînement pensant pouvoir être très forts le jour J… Peut être que si on comptabilisait les chronos effectués à l’entraînement, on serait le meilleur des bateaux. Mais ce n’est pas aussi simple. C’est être capable de répéter ce qu’on fait à l’entraînement en compétition avec le stress, avec la concurrence, avec le bruit. La vie dans un village olympique, ce n’est pas la même chose. Faut être capable de se concentrer et de… je pense que c’est ça qui est le plus dur, ce n’est pas que le côté technique et physique. C’est vraiment réussir à tout allier pour réussir ce jour-là.

Perle Tardieu entraîneurC’est là que la prépa mentale peut intervenir efficacement.  Certaines personnes pensent que la prépa mentale c’est rentrer dans l’entraînement de l’athlète, voire se substituer à son entraîneur. Elle sert justement à gérer tous ces à-côtés et peut permettre de libérer l’entraîneur qui peut alors se concentrer sur des aspects technico-tactiques. Je pense que l’entraîneur a parfois besoin d’être soutenu, aider à être lui aussi, performant avec son athlète. Cela peut être un vrai plus. Mon entraîneur ne laisse pas transparaître ses émotions. C’est dommage ! J’aimerais bien moi, qu’après une victoire, il montre sa joie. Je lui dis : « On a gagné » mais lui, il n’arrive pas à libérer ses émotions…

 

La relation entraîneur-athlète est particulière. J’ai aimé finir cette série avec cette attention touchante de Perle BOUGE. Rafraîchissant !

LOGO-CERCLE-POUR-WEBBon vent Perle et Merci !