Ancien sportif de haut niveau, Jean-Pierre EGGER est préparateur physique, coach et entraîneur. Une pointure de l’élite sportive mondiale. Il a accepté de jouer le jeu des questions-réponses avec l’humilité et la simplicité qui le caractérise.

 

Les exigences à l’égard des sportifs de haut niveau sont très élevées, bien au-delà de l’exercice de leur discipline. Que pensez-vous de la force mentale ? Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

Si je m’en réfère à ma longue expérience d’athlète, d’entraîneur et de formateur du haut niveau sportif, je dois constater qu’il a fallut de nombreuses années pour valoriser la force mentale et émotionnelle et lui donner aujourd’hui une place prépondérante dans la réalisation des exploits sportifs. En effet, seules la technique et la condition physique préoccupaient le coach d’hier. Aujourd’hui et heureusement, depuis quelques années déjà, les entraîneurs et coachs ont compris que le moyen le plus efficace d’entraîner la force mentale et émotionnelle consiste à l’introduire systématiquement dans l’entraînement quotidien.

Pour renforcer le travail technique on mettra l’accent sur la concentration et la visualisation en proposant à l’athlète des tâches très précises et plus complexes pour développer au maximum ces qualités déterminantes de la performance sportive.

Lors du développement des qualités physiques, on privilégiera davantage les qualités de volonté, de détermination, d’engagement maximal, de résistance, de « jusqu’au-boutisme », en cherchant régulièrement à apprivoiser les limites, en y allant et non en les dépassant … tout simplement parce qu’on ne les connaît pas !

En ce qui concerne la force émotionnelle, il me paraît indispensable de déstabiliser régulièrement l’athlète en proposant des objectifs d’entraînement déroutants et stressants afin d’apprendre à gérer les nombreux imprévus de la compétition.

Vous comprendrez certainement pourquoi je pense que la préparation mentale doit rester avant tout l’instrument de l’entraîneur dans son rôle de coach, c’est-à-dire de l’accompagnateur de l’humain sur le chemin de l’excellence qui dépasse largement le seul domaine du sport !

 Comment définiriez-vous le mental pour un sportif  ?

Pour un sportif, les véritables défis d’une préparation mentale consistent à :

  • Bâtir la confiance
  • Régler la nervosité
  • Résister à la pression des attentes
  • Traiter la peur de perdre
  • Être au top quand ça compte !
 Pour vous en quoi le mental est-il une force ?

Le mental bien compris renforcera l’action de la préparation stratégique, tactique et technique dans l’élaboration du « canal » le plus judicieux à travers lequel s’écoulera le flux énergétique, mariage de toutes les forces physiques et émotionnelles.

Je m’en voudrais d’oublier tout le travail réalisé dans le domaine de la psycho-régulation qui  permet de placer l’athlète dans sa zone idéale de performance – entre trop nerveux et trop calme – grâce à différentes techniques de relaxation ou de stimulation.

 Qu’avez-vous proposé à vos athlètes pour développer leur force mentale ?

En ce qui concerne Werner Günthör que j’ai entraîné durant une douzaine d’années (de l’âge de 20 à 32 ans), je peux prétendre que j’ai  porté toutes les casquettes … sauf celle de manager !

Donc dans mon rôle de coach j’ai géré tout le domaine mental et émotionnel sans avoir eu à recourir au psychologue ou préparateur mental.

Toutefois dans mon métier de responsable de la formation des entraîneurs de haut niveau du sport suisse, j’ai travaillé intensément avec les meilleurs experts de tous les domaines concernés par une bonne gestion du mental (voir réponse à la deuxième question). C’est peut-être cette expérience personnelle privilégiée qui me conforte dans l’idée que c’est davantage l’entraîneur qui doit être formé pour optimiser son rôle de coach.

En ce qui concerne Valérie Adams que je n’entraîne que depuis 5 ans (entre sa vingt sixième   et trente et unième année) par rapport à une carrière de 17 ans (14-31 ans), j’ai joué pour elle – comme évoqué précédemment- le rôle de « sauveteur » de l’athlète en plein désarroi.

Jusqu’à la saison dernière, n’ayant jamais connu la défaite, sa confiance dans son coach était immense. Et j’ai utilisé les mêmes stratégies d’entraînement qu’avec Werner Günthör pour assurer cette stabilité et confiance en elle pour rester au top si longtemps. Sa force a toujours résidé dans sa préparation à la compétition, par sa capacité à visualiser et verbaliser sa tâche entre chaque jet. Valérie fonctionne dans un constant dialogue interne qui la rassure et la stimule. Son point faible, sur lequel nous travaillons actuellement, c’est sa difficulté à lâcher prises. Au contraire de Werner, Valérie est une hyper active et c’est sans aucun doute ce qui l’a conduite à outrepasser ses propres limites. Aujourd’hui, nous avons corrigé la programmation des unités d’entraînement en laissant notamment davantage de récupération entre les 2 séances journalières.

Lorsque nous sommes entrés dans une période de doute par rapport à ses propre limites physiques et leur répercussion sur sa santé future, nous sommes entrés tous les deux en crise, avec toutes les remises en question inhérentes à une telle situation. N’étant pas sur place à Auckland dans la période de transition, entre 2 saisons, pour la suivre après les complexes interventions chirurgicales qu’elle a subies, le staff médical a fait appel à un psychologue pour l’aider à surmonter cette période très délicate. Ce dernier n’a pu véritablement l’aider que durant la phase de préparation à Auckland et jusqu’à son retour en Suisse. Son intervention fut celle d’un thérapeute travaillant dans une grande  confidentialité avec l’athlète sur ses problèmes personnels mais également dans le domaine technique, avec des propositions de nouveaux exercices de visualisation pour renforcer sa psychomotricité.

Après quoi « la course contre la montre » engagée en Suisse dans sa préparation spécifique pour les championnats du Monde et ses premiers tests en compétition ont rapidement mis en évidence que sa souffrance physique et psychique devenait presque intolérable et l’arrêt de sa saison 2015 obligatoire.

Cet échec a fait l’objet d’une remise en cause du fonctionnement de chacun dans le groupe et Valérie, en personne responsable, a décidé d’être plus transparente et directive dans ses  intentions et ses attentes de la part de son entourage.

Nous aurons sans aucun doute un élément de réponse cette année aux JO de Rio !

 La suite de cet article sera publiée dans 15 jours…LOGO-CERCLE-POUR-WEB