téléchargement (1)  Comme Jean-Pierre EGGER, Perle BOUGE s’est prêtée au jeu des questions-réponses. Elle nous parle de sa manière à elle de se préparer mentalement aux compétitions, de sa relation avec son partenaire de double et son entraîneur à travers quelques questions.

 

Qu’en est-il de votre mental ? Diriez-vous que cela fait partie du quotidien ?

Oui, ça fait partie du quotidien. Mon accident m’a donné une autre vision de la vie. Je pense que si je n’avais pas été accidentée, je n’aurais pas la même vision qu’aujourd’hui. Je me dis que la vie est belle, qu’il y a plein de choses à faire. Tous les jours, chacun a ses petits malheurs, chacun a ses petits ennuis mais de voir, quand je me lève, le soleil et la vie autour de moi, ça me… c’est ce qui me fait sourire, tout simplement. J’ai la chance d’être encore là, on a nos petits malheurs, il y a des personnes qui en ont plus que d’autres, qui vivent des situations plus difficiles que d’autres, mais c’est ce qui renforce et qui rend plus fort et ma pratique aujourd’hui, c’est tout le vécu que j’ai depuis que je suis petite. Plus l’accident qui a fait la personne que je suis et du coup qui me permet, dans ma préparation sportive, de me mettre dans une bulle.

C’est un peu la pensée positive…

C’est surtout qu’il va y avoir des gens pour vouloir vous déstabiliser, volontairement ou involontairement, et c’est pour cela que c’est vraiment important de rester dans sa bulle, de rester dans son bateau, dans sa préparation…

La prépa mentale alors, je ne sais pas comment vous l’expliquer. J’essaie moi-même de travailler sur l’objectif, la visualisation

En basket, j’avais fait un peu de prépa mentale… et c’est vrai que… j’aime bien me retrouver avec moi-même. Je pense que personne d’autre… c’est nous-mêmes qui nous connaissons le mieux. Moi je sais quand je vais bien, je sais quand je peux être en doute… donc si je suis en doute, je sais le besoin que j’ai de parler à quelqu’un ou pas, que ce soit l’entraîneur ou la personne avec qui je rame. J’ai la chance de ramer en équipe nationale avec une personne en double mixte. Je trouve que la force d’un bateau c’est aussi qu’on rame à deux et que les deux peuvent s’appuyer l’un sur l’autre quand il y a un qui va un peu moins bien…

C’est vrai que c’est important la confiance en soi surtout au haut niveau. Il ne faut pas avoir un excès de confiance en soi mais il faut être conscient de ce que l’on a acquis,  conscient du niveau que l’on a et se dire que l’on va tout donner, que l’on en est capable. Après, c’est la loi du sport : le plus fort sera  le plus fort à un instant T. Et peut-être que si on refaisait la course, le match, la compétition le lendemain, ce serait une autre personne, une autre équipe qui gagnerait.

Moi, j’essaie vraiment d’avancer comme ça et je me sers des échecs pour continuer à me reconstruire et avancer. téléchargement (2)Une remise en question perpétuelle. Parfois j’en demande trop, mais moi je me remets beaucoup en question, je remets beaucoup en question l’environnement dans lequel je suis en temps que sportive. Donc je suis très exigeante envers moi-même, envers mon collègue et envers l’entraîneur.

 

Parlez-moi de votre entraîneur ?  Comment est-il ?

C’est un très bon technicien. En tout cas pour moi. Pour moi le bon entraîneur c’est un bon technicien mais c’est surtout celui qui est capable de connaître ses athlètes et de jouer avec leurs forces et leurs faiblesses. Je rame aujourd’hui avec un garçon ( on est en mixité) et ce n’est pas facile parce qu’on a des fonctionnements différents et…  c’est quelqu’un (l’entraîneur) qui s’adapte au caractère des gens, qui va adapter son discours à l’athlète, au moment, à notre état : si on n’est pas bien, si on est plutôt bien, ou si on a besoin d’être un peu « piqué » ou l’inverse…  On a des fonctionnements très différents mon collègue et moi quand on rame et c’est vrai qu’il ne nous parle pas du tout de la même manière. Il ne lui parle pas du tout comme à moi… et pour moi, ça c’est très bien…

Parfois j’aimerais une vision externe, j’aimerais qu’il change son discours parce qu’on le connait maintenant. On sait ce qu’il attend de nous mais on a aussi besoin d’un entraîneur un peu d’innovation. C’est important pour aller de l’avant surtout quand ça fait quelques années qu’il nous entraîne … En ce qui me concerne, avoir cette parole avant une course, qui vous donne envie de… de vous transcender en fait… Des fois j’aurais envie de les entendre, peut-être différemment certaines fois…

Il faut avoir confiance en son entraîneur. Moi je sais que j’ai confiance en mon entraîneur et en mon collègue mais c’est vrai que des fois on a besoin, pas forcément le jour de la course mais les jours avant, d’entendre un discours un peu différent de ce qu’on entend tous les jours à l’entraînement et ainsi de suite… quelque chose d’innovant qui vous donne envie d’aller de l’avant et de vous dépasser justement pour votre entraîneur et pour les gens qui vous entourent parce que lui il a… on est des athlètes accomplis, il ne va pas monter dans le bateau en nous disant, vous faites ceci ou cela, oui, on sait ce qu’on doit faire, on se connait, oui c’est bien de le répéter mais avoir un tout p’tit discours, un p’tit mot… le truc supplémentaire qui vous pousse à aller plus loin. Parfois cela vient naturellement mais  je pense que d’autres fois, cela ferait du bien de l’entendre.

Sur le plan sportif,  l’aviron et l’entraîneur m’ont beaucoup apporté.

Est-ce que vous faites une préparation mentale ?

Je ne fais pas de préparation mentale. Je sais que l’entraîneur souhaiterait qu’on en fasse. Moi, je fais un peu de sophrologie. Je trouve que ça fait travailler un peu… on va dire sur soi. Je suis plutôt quelqu’un d’impulsif, prête à démarrer au ¼ de tour. Il est plutôt intuitif et c’est vrai qu’au fil des années, il arrive à canaliser des petites choses qui peuvent être dérangeantes, qui peuvent déranger un athlète de haut niveau. Parce qu’un athlète de haut niveau est dans sa bulle. Il n’aime pas être perturbé. Le moindre petit grain de sable peut perturber la préparation de l’athlète. Notre entraîneur nous a appris à prendre du recul, que ce soit sur un retard horaire, sur un groupe ou un autre aspect du collectif France, forcément différent de notre fonctionnement habituel et qui pourraient nous gêner. Plein de petites choses qui en dehors de cette préparation auraient peu d’importance mais qui risquent de nous déranger à un moment donné. Enfin moi, il m’a appris à avoir beaucoup de recul et aujourd’hui, je pense que ça, c’est une force. Je pense que si on me posait la question et même, si on posait la question à mon collègue, il vous dirait vraiment que j’ai fais un gros travail la-dessus pour aller de l’avant, et c’est vrai que toute l’énergie qu’on laisse sur des petits à-côtés, nous épuisent. Maintenant, j’essaye vraiment de relativiser, de me dire : « allez, remets-toi dans ta bulle, sors de cette situation, mets ton casque sur tes oreilles pour t’isoler… » J’ai mes p’tits trucs à moi qui font que tout ce qui pourrait m’énerver,  m’agacer ou quoi que ce soit, eh ben je me dis : « allez, laisse tomber ».

Parfois « ça monte » et comme je dis toujours à mon entraîneur, je ne suis pas un mouton blanc, je ne vais pas dire oui, oui à tout. Maintenant j’arrive à l’exprimer, je n’en fais plus un état d’âme et ça ne me perturbe pas dans ma préparation. Tout au moins jusqu’à maintenant. On verra si d’ici le mois d’août… mais j’ai au moins avancé là-dessus.

C’est du quotidien en fait ?

Bien sûr.

Suite à venir… LOGO-CERCLE-POUR-WEB