Mon entretien avec Perle  BOUGE, qui se déroule comme une réflexion sur le sujet central, le mental, nous amène aujourd’hui à explorer la notion de dépassement de soi chez l’athlète, la solidarité entre partenaires et la place du caractère.

 

téléchargement (8)  Comment arrivez- vous à vous dépasser ?

Comment j’arrive à me dépasser ? Je suis une personne très exigeante, avec mes objectifs, de la rigueur. J’ai vraiment une grande rigueur : par exemple, si on me dit que je dois faire un exercice pendant 30 mn, je ne ferai pas 29 mn, je ferai 30 mn ; si on me dit à la musculation qu’il faut faire 70 répétitions, j’en ferai 70 et si je me trompe, eh bien je vais recommencer mais je ne vais jamais en faire moins… j’ai vraiment une rigueur très importante. Là aussi, ça a du bon et du moins bon : parce que trop de rigueur peut parfois être contre performant. Je suis très technique. En fait, je voudrais avoir un coup d’aviron parfait, je voudrais que tout soit parfait mais la perfection malheureusement peut aussi nuire à la performance. Il faut savoir accepter ses forces, faut savoir accepter ses faiblesses, avoir confiance en soi et aller de l’avant.

Mon collègue lui, est plus dans la notion de… On est très différents.  Un petit équilibre dans le bateau qui fait notre force. Je crois en lui, je sais que je m’entends très bien avec mon collègue [Stéphane TARDIEU]…

 

C’est important ça ?

Ben pour moi quand on s’entend bien c’est un plus et cela peut faire la différence. Dans une course, quand quelque chose ne va pas bien, ça peut nous aider à réussir à faire un résultat qu’en même, parce qu’on va se dépasser l’un pour l’autre ; et on va aller de l’avant pour ce bateau, parce qu’on a confiance l’un dans l’autre. C’est aussi ce qui fait la force du bateau.

Comment vous êtes-vous retrouver à ramer ensemble ? téléchargement

C’est le champion de France et la championne de France en skiff, en bateau solo, qui sont mis ensemble pour faire le double. En fait en  national on s’entraîne toute l’année tout seul –e- et au championnat de France, on prend la meilleure féminine et le meilleur garçon dans la catégorie et on les met ensemble à ramer. Depuis 2010 qu’on a commencé on est ensemble alors que ça pourrait être… on pourrait très bien ne pas ramer ensemble. On est champions de France tous les ans, chacun de notre côté. D’une année sur l’autre ça pourrait changer.

 

Donc ça a bien pris… vous êtes faits pour ramer ensemble alors ?

C’est ce qu’on se dit (sourire)

 

Diriez-vous que le mental est le fil conducteur dans tout ?

Oui. Moi je ne me pose pas la question du mental mais c’est vrai que la force on l’a tous en soi.

 

Comment gérez-vous la concurrence ?

Forcément on s’intéresse aux concurrents. On regarde un peu ce qu’ils font mais après c’est aussi le rôle de l’entraîneur d’aller regarder ce qui se passe chez les concurrents. Je pense qu’il ne faut pas trop se polluer avec ça. Forcément on va regarder les bateaux, tout ça, mais tout le monde s’observe. Celui qui dit qu’il ne regarde pas le concurrent, je ne le crois pas. Quand on regarde quelqu’un et que la personne baisse un peu les yeux ou tourne le regard, on se dit qu’on peut déjà avoir un impact sur la finalité, on peut déjà la mettre un peu en émoi et lui faire perdre un peu de la confiance qu’elle avait. Après, moi je respecte l’adversaire, je sais comment je travaille, je sais les efforts que j’ai consentis pour en arriver là et je me dis que les autres ont dû faire pareil. Voilà, donc moi j’aime bien analyser physiquement et techniquement ce que valent les autres  mais ça ne veut pas dire qu’ils sont plus forts ou moins forts, c’est juste peut-être se servir de certaines choses pour aller de l’avant. Toutes les nations ne travaillent pas de la même façon et je pense qu’il y a du bon dans chaque nation.

Mais, je pense que c’est le rôle de l’entraîneur d’aller chercher toutes ces choses positives qui pourraient améliorer notre équipage.

 

Considérez-vous que le mental soit une force et si oui, en quoi ? images4

Est-ce que c’est une force ? Est-ce qu’on peut mettre mental et caractère ensemble ? Parce que je pense que quand on a un mental fort, on a un caractère fort, parce qu’il faut s’affirmer. Quelqu’un qui n’a pas de caractère, souvent peut manquer de confiance en soi.

C’est vrai que moi, j’ai un fort caractère mais il faut aussi faire attention parce que ça a des avantages et des inconvénients : avoir un fort caractère peut faire que parfois on peut dire des choses au mauvais moment, on va peut-être faire des choses de manière impulsive qu’on regrettera plus tard. Par exemple, si l’entraîneur me dit des choses sur l’eau, je ne mettrai jamais en doute sa parole parce que je considère que c’est le technicien et que j’ai confiance en lui, sur ce qu’il apporte.

Par contre, dans un autre contexte,  sur des choses à l’extérieur comme dans une vie de groupe, ça peut arriver que je ne sois pas d’accord avec lui. Là je me permets de le lui dire. On pourrait penser que je n’ai pas à donner mon avis, mais  je me dis que si. « Tu dois aussi lui dire ça parce que ça fait partie de ta performance. Parce que si tu ne te sens pas bien dans la vie de groupe, si tu ne te sens pas bien par rapport à des décisions qui sont prises, ça peut nuire à ta performance ».

J’insiste beaucoup là-dessus parce qu’il y a la prépa plus sportive mais il y a aussi toute cette préparation autour de l’athlète où il faut savoir protéger son athlète pour le mettre dans les meilleures conditions et parfois c’est l’extra sportif qui peut avoir un impact négatif sur le sportif. Le sportif peut être bien préparé physiquement, techniquement, mais si autour de ça il y a « des petits grains de sable » qui viennent enrailler la machine, il peut être contre-performant. À cause d’éléments extérieurs. Et, vu l’investissement, c’est dommage… !

Nous retrouverons Perle pour la suite et sa vision de la force mentale  LOGO-CERCLE-POUR-WEB